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Henryk Szmidt Un coach débutant, tout comme un coach senior, a toujours la gorge un peu serrée avant la première rencontre avec un client. Quel comportement adopter, quelle carte sortir en premier, quels facteurs permettront d’emporter un succès ? Nous proposons au lecteur un cocktail léger, qui l’aidera à mieux assimiler le sujet dans son ensemble. Dans la tradition Zen, on raconte l’histoire d’une vieille dame qui recueillit chez elle un jeune moine. Pour lui permettre de se consacrer à la pratique de la méditation, cette dame se chargea de tous les soucis quotidiens, bâtit un bel ermitage au fond du jardin, et même lui fit la cuisine et s’occupa de son linge sale. Les années passèrent. Un jour, la vieille dame reçut une visite de sa jeune et belle nièce. Profitant de cette opportunité, notre dame se dit que ce serait une bonne occasion d’examiner les progrès faits par son invité dans la pratique de la méditation. Un matin, elle envoya chez le moine la jeune fille avec une tasse de thé, en l'instruisant, au préalable, sur la manière de se conduire. Lorsque la jeune fille, armée de toute sa séduction, surgit dans l'ermitage, le moine se couvrit la tête, se retourna et déclara que même un baiser le laisserait de marbre, car face à ses efforts, il était comme un arbre desséché. La fille, toute vexée, raconta à sa tante ce qui s’était passé. Lorsque la vieille dame apprit la vérité, elle s’exclama : « Comment ai-je pu perdre tant d' années à m’occuper d’un tel idiot ?! », elle courut au fond du jardin, brûla l’ermitage et chassa le moine. Etre soi-même Derrière cette histoire, se cache la question comment aurait dû se conduire le jeune moine devant une jeune et charmante inconnue lui apportant, au petit matin, une tasse de thé. C’est justement la question du premier contact. Tout d’abord, il est frappant de voir que le moine a été puni pour un comportement conforme aux règles communément admises. En effet, on ne rentre pas dans les ordres pour flirter avec les jeunes filles. Cela rappelle une réponse du père Tischner, lorsqu’une jeune fille lui demanda : « Serait-il possible d'avoir un rendez-vous en tête-à-tête avec un prêtre? ». La réponse fut brève : « Oui, mais pourquoi faire ? ». Nous avons ici deux attitudes. En quoi sont-elles différentes ? La première établit les règles strictes, la deuxième aussi, mais d’une manière totalement différente. Le commentaire de l’histoire japonaise, laquelle est également un koan zen, dit que le moine aurait dû, tout d’abord, rendre hommage à la beauté de la jeune fille, pour ensuite lui manifester avec délicatesse son refus. Pourquoi ? Parce que c’était la vérité de la situation. La pratique Zen, pour être efficace, aurait dû apprendre au moine le naturel, ce qui justement lui fit défaut dans la situation évoquée. La règle à respecter absolument et la condition du succès lors de la première rencontre avec le client devraient être : soyons naturels. Il s’agit ici de deux choses: primo, d’être soi-même, secundo, d’être en accord avec la vérité de la situation. En voyant la belle jeune fille, le moine ne devait pas, bien évidemment, trahir son engagement, mais rester insensible à ses charmes fut une erreur à ne pas commettre. La situation impose ses lois Il n’existe pas de lois universelles, inscrites en lettres d'or, applicables en toutes circonstances. Chaque contexte apporte ses lois et ses vérités. La première rencontre peut être « paresseuse », tendue ou sereine. Comment sera-t-elle ? Nous ne pouvons le savoir à l’avance. Le piège le plus dangereux est de s’appuyer sur un schéma ou une règle rigide. Prenons l'exemple d’un client qui vient nous voir après avoir été témoin d’un grave accident de voiture. Il ne servira à rien de lui demander alors de nous parler de son rêve le plus cher. Il me semble que dans le coaching, la capacité de faire ressortir la vérité de la situation est la première condition du succès. Nous allons voir comment se déroule une telle rencontre. Comment se présente-t-elle du point de vue d’un coach ? Bien avant que la rencontre ait lieu, certains facteurs existent ou apparaissent, qui peuvent en déterminer le succès ou l'échec. L’état d’esprit des deux protagonistes peut être décisif pour le résultat final. Le coach, comme tout acteur d’une interaction, peut et même doit avoir le trac avant une rencontre avec le client. Il peut également ressentir une sorte de curiosité avant ce premier contact. N’oublions pas l’aspect matériel qui entre en jeu, car le coaching est une profession, et non pas une philanthropie. Il arrive que le coach doute de ses capacités, si par exemple ce n’est pas son jour, ou s’il s’est levé du pied gauche. Il peut être simplement fatigué ou trop préoccupé par son rôle, et de ce fait trop agité. Quelle devrait être la conduite de coach dans une telle situation ? Il semblerait qu’une des choses les plus importantes est de rester soi-même. Rester soi-même entièrement et sans concessions. Est-ce facile d’"être soi-même" ? Pendant la formation en coaching, nous apprenons de différentes choses. Le but est de développer la conscience de soi, les capacités d’observation, de connaître les différentes techniques. Cela arrive non seulement pendant l’apprentissage du coaching, mais aussi lorsque nous apprenons à conduire la voiture, étudions la psychologie ou apprenons à tricoter. Au début, nous sommes un peu rigides: il faut penser à tant de tant de choses à la fois - mais avec de l’expérience, viennent la fluidité, la légèreté, la reconnaissance de sa propre manière d’être. Cette reconnaissance, acceptation et démonstration ouverte de notre manière d'être viennent de la sensation d’être quelqu’un d’unique. Bien évidemment, il ne s’agit pas d’être arrogant, mais de mieux comprendre, mieux saisir sa propre manière d’être au monde, et ce que l'on peut, en tant que personne, lui apporter. La capacité de voir et de montrer son propre côté unique est pour un coach essentielle, car c’est elle qui permet d’apprécier et de montrer ce qui est unique chez le client. En fait, l’un est la condition sine qua non de l’autre. Nous avons souvent, de nos jours, affaire à une « médiocratie » - gouvernement de la médiocrité, de ceux qui l'emportent grâce à « l’insignifiance dont ils se font gloire". Dans ce contexte, justement, un sentiment de son propre « côté unique », peut mener nous-mêmes, ainsi que nos clients, vers les horizons nouveaux et plus vastes, bien au-delà de notre place actuelle. L’intérêt et la curiosité Une autre condition du succès est l’intérêt et la curiosité d’un coach. Il s’agit d’un état d’esprit qui pourrait aider la coach à lutter contre sa « dépression », sa mélancolie ou sa fatigue. Le coach doit développer sa curiosité du monde qui l’entoure. Sa curiosité se manifeste à des niveaux différents et veut dire la curiosité du monde en général, et aussi la curiosité de soi-même et de son client. L’important degré de l’imprévisibilité est une principale caractéristique des relations humaines. Savoir « se nourrir » de cet imprévisibilité, s’adapter à un contexte changeant, « danser avec son client» et avec la situation, tout cela vient de la curiosité et de l’intérêt du coach. En marge de ces considérations, il est à noter que le verbe « s’intéresser à » renvoie à un « intérêt » qui se réfère, dans son sens premier, à la notion du « bénéfice ». Mais ce n’est pas tout. Le terme « intérêt » vient du mot latin « interesse », ce qui veut dire « participer, prendre part ». S’intéresser à quelque chose porte en soi, à la fois, le fait de comprendre son propre bénéfice venant de la relation et la participation consciente à cette relation. Il s’agit donc de la participation consciente à la relation et de la compréhension du sens qu’elle a pour nous. L’important est de comprendre ce qu’il nous fait vibrer, ce à quoi nous aspirons dans un moment donné. Le fait d’orienter notre action. Intéressant, n’est-ce pas ? Le monde de rêves Pour aller plus loin dans notre recherche des éléments qui conditionnent le succès de notre rencontre avec le client, il est indispensable de s’interroger sur la question de la motivation. Comment révéler la motivation du client ? Comment révéler notre propre motivation pour travailler avec lui ? La méthode la plus simple consiste à faire appel au monde des rêves. Pour ce faire, le coach doit tout d’abord accepter de faire le même travail sur lui-même. Il doit apprendre à identifier ses rêves et à se lancer dans leur réalisation. Le fait d’avoir fait le chemin soi-même lui permet de comprendre la valeur et le bénéfice puissant de cette opération pour le client. Nous allons donc orienter l’attention du client vers tout ce qu' il attendait toujours de la vie, mais qu’il a fini par abandonner en cours de route. C’est une question relativement fréquente. Je l’appelle le « Syndrome du Capitane Crochet » - que nous appellerons ci-après SCC. Peter Pan, capable jadis de voler, libre et plein de fantaisie, devient, avec les années, un juriste affairé, qui n’a même pas de temps à consacrer à ses proches. Face à un réel danger, l’enlèvement de ses enfants par un redoutable Capitaine Crochet, qui veut en faire des pirates et luer arracher l’amour pour leur père, Peter Pan s'engage dans la lutte pour reconquérir ses facultés perdues,(surtout le don de voler), grâce auxquelles il en sortira vainqueur. La « tâche » de Capitaine Crochet consiste à apprendre Peter Pan à voler. Le Capitaine Crochet est un coach. Primum non nocere L’exemple de Peter Pan ne vaut pas une analyse du sujet, il doit plutôt inciter à la réflexion. La différence entre le Capitaine Crochet et le coach consiste en la motivation négative utilisée par ce premier. Le coach ne se servira pas de la peur pour inciter le client à amorcer un changement. Il fera appel à d’autres outils pour lui insuffler la foi en la possibilité de réaliser sa propre vision de l'existence. Parfois, plus important encore que ce que le coach fera, est ce qu’il ne fera pas. Il est par exemple essentiel de ne pas nuire au client. « Primum non nocere », « ne pas nuire avant tout », du sermon d’Hippocrate, a sa place également dans le coaching. Non seulement ne pas nuire, mais ne pas « thérapeutiser »non plus, ni essayer d’améliorer le client. Le but est de révéler son potentiel, ses motivations positives, suffisamment puissantes pour lui permettre de s’engager dans la réalisation de ses rêves. Pour résumer, les conditions de la réussite du premier contact avec le client sont : - Etre soi-même - Libérer la vérité de la situation - Montrer de l’intérêt et de la curiosité envers le client - Se référer à des rêves du client - Et, avant tout, ne pas nuire Quoi d’autre ?... |